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Silence, je cause ! Le blog du petit mouton noir qui faisait bêê bêê et que personne ne voulait écouter

L'observatoire du mouton : La prison de l'enfance (1)

2 Janvier 2012 , Rédigé par Le-mouton-noir Publié dans #L'obervatoire du mouton

http://image.toutlecine.com/photos/v/i/e/vieil-homme-et-l-enfant-01-g.jpg

Le vieil homme et l'enfant. film de Claude Berri, 1966


 

Je n'ai pas d'enfant.  Un jour, j'en aurai. J'espère. Pour l'heure, je n'en ai pas. Mais j'aime observer ceux des autres, les voir grandir, apprendre, évoluer. 

Je ne m'en lasse pas, car il y a quelque chose de fascinant chez l'enfant, d'une part, son innocence, qui ne dure pas très longtemps je l'admets ; et d'autre part, sa capacité à se nourrir du monde qui l'entoure pour grandir.      

Une capacité d'apprentissage et d'assimilation qui dépasse tout ce qu'on pourrait penser. C'est fascinant et terrifiant à la fois. Il est si facile d'endoctriner un enfant, que certains ne se privent pas de le faire à des fins douteuses.

 

Ce qu'on sème dans l'esprit d'un enfant germera et y restera pour longtemps, si ce n'est pour la vie entière. Même si à l'âge adulte, l'enfant croit avoir le choix de ses propres actes et décisions, même s'il reniera peut-être ses acquis d'enfance ; quelque part, la marque de son passé restera. Elle restera comme un bénéfice, ou une blessure.  Si l'enfant devenu adulte, réagit par la révolte et le déni de son passé, c'est que, quoi qu'il en dise, son passé le suit. Ses décisions sont le fruit d'un passé blessant qu'il souhaite renier.  

 

Ainsi, dans tous les cas, l'enfance modèle l'individu;  profondément, instinctivement et parfois irrémédiablement.  L'enfant assimile non seulement tout ce qu'on a pu et voulu lui apprendre, de gré ou de force ;  tout ce qu'on a voulu faire de lui ;  mais aussi,   tout ce que ses petits yeux ont vu, tout ce que ses petites oreilles ont entendu, malgré vous , tout ce que son petit coeur a ressenti, tout ce qui l'a blessé, réjouit, consolé ou hanté. Les mots, les actes, la violence des sentiments humains, la perte et la douleur, la joie et le réconfort, la confiance et la trahison.  

 

Comme le capital santé qui se construit essentiellement durant l'enfance et détermine durablement la santé de l'homme adulte;  ainsi il en va de même pour le capital émotionnel, intellectuel et spirituel de cet enfant dont les fondations sont jetées dans son coeur dès ses premiers jours et détermineront, en bien ou en mal, son futur " psychique "  sa personnalité, ses émotions, son mode de pensée même !


Aussi notre responsabilité envers ce cadeau divin qu'est la naissance d'un enfant, est énorme, gigantesque, incommensurable !  Elle revêt une importance capitale pour cet enfance, et pour la société.

 

Certes, nous sommes tous maladroits et nous faisons des erreurs envers les enfants. Surtout envers les enfants justement. Nous sommes tous conditionné par la société - et pas un peu -, mais nous avons tous été premièrement été modelés par notre enfance, par notre vécu que nous projetons, négativement ou positivement sur cet enfant.  Nous répétons les erreurs de nos parents ou au contraire, agissons à l'inverse pour ne pas les reproduire.  Nous manquons souvent de jugement et de détachement car notre affectif envers eux prend le pas sur la raison, comme lorsque nous hurlons et secouons un enfant qui s'approche d'un danger parce notre peur qu'il se blesse prend le pas sur la confiance que nous devrions avoir en lui.  

 

Oui nous faisons des erreurs.  Et ce n'est pas impardonnable heureusement. Ce qu'il est, en revanche, c'est de ne pas considérer les enfants à leur juste valeur : nous les considérons à tort, comme des enfants justement, alors qu'ils sont simplement et avant tout, des hommes en devenir. 

 

Qu'entends-je par là et où vais-je en venir ? 

 

C'est que la façon dont nous traitons nos enfants est paradoxale à plus d'un titre, voyez plutôt. 

 

Premièrement, nous entourons nos petits d'amour et d'affection, à la limite de l'adoration parfois. Nous sommes anxieux à l'idée qu'ils leur arrive quoi que ce soit, et plus que tout, paniqué à l'idée qu'ils ne nous aiment pas malgré tout l'amour que nous leur démontrons. Alors, pour garder leur affection, nous les gâtons de toutes sortes de jouets et de choses inutiles. Nous leur disons oui quand il faudrait leur dire non, ou inversement. Nous refusons de croire que nos actes puissent les mettre en danger car nous refusons d'abandonner cette lueur de plaisir et de reconnaissance dans leurs yeux, lorsque nous les gâtons de bonbons et de sucreries, par exemple… 

 

A contrario, nous décrétons des règles absurdes, imposées par la société, avec des tableaux qui déterminent qu'à tel ou tel âge, un enfant doit être capable de faire ceci ou cela, de dormir seul dans sa chambre, de manger tel aliment, qu'un enfant DOIT aller à l'école ou à la crèche pour se socialiser, qu'un enfant doit savoir lire ou posséder tels compétences à un âge donné, que s'il ne suit pas le lot de tous les enfants alors il doit être déclassé par rapport aux autres et nous sommes terriblement affecté si l'enfant ne suit pas la courbe de vie ainsi standardisée. 

 

Nous disons qu'ils pourront faire ce qu'ils souhaitent de leur vie, mais nous choisissons bien souvent leur options d'études, et exigeons des obligations de résultats, de préférence supérieures à celles de leurs condisciples. Nous projettons sur eux les plans et les espoirs que nous n'avons pu réaliser pour nous même et déterminons des objectifs audacieux et ambitieux pour leur compte. Ou alors sous prétexte de les laisser vivre, peut-être sommes-nous complètement désintéressés de leur scolarité, les laissant en proie au conditionnement scolaire et au décrochage s'ils ne suivent pas le train avec les autres.

 

Ensuite, et surtout, notre comportement le plus étrange, et le plus dommageable envers eux, c'est que nous les séparons du monde des adultes. Au yeux de la pensée commune, l'enfant n'est pas un être comme l'est un homme ou une femme accomplie. Il doit seulement grandir et évoluer. Il n'est pas un homme, il est seulement un enfant. 

 

Aussi pour se faire, on le met à l'écart des adultes. On lui construit un monde à part dans lequel il est roi ; un monde qui n'a rien avoir avec celui des grands. Une prison dorée faîte de jouets d'enfant et d'activités d'enfant, jamais d'activité d'adultes. Juste un monde fait de couleurs et de dessins d'enfant, avec des jeux adaptés à chaque âge ou chaque niveau. Avec des activités pour les enfants, dirigées par des spécialistes de l'enfance. On les nourrit de petits pots d'enfants, le lait de croissance pour enfant, de purée d'enfants dans lesquelles on cache des légumes. On les abrutit de dessins-animés faits pour les enfants.

 

Ainsi, nous les séparons continuellement du monde des adultes. Nous les tenons à l'écart, nous ne les emmenons pas faire les courses avec nous, ni sur notre lieu de travail (d'ailleurs cela nous serait interdit probablement), nous ne les emmenons pas au restaurant avec nous, ni à nos sorties dans la famille ou chez des amis. Si d'ordinaire nous nous risquons une sortie avec nos enfants, nous déménageons avec eux tout l'amarda essentiel au monde de l'enfance: poussette, transat, lit pliant, biberon à réchauffer, et surtout jouets, occupations, livres, car sans cela, ils risqueraient de s'immicer dans les retrouvailles des adultes.

 

Nous n'aceptons aucune aide d'un enfant. Premièrement car étant plus doués, matures et expérimentés que lui, nous n'avons techniquement pas besoin de son aide. Pire, sa participation à nos activités pourrait nous ralentir. Ensuite, il ne faudrait pas qu'il vienne à se couper ou se blesser ... A nos yeux, le monde des adultes est forcément toujours dangereux pour l'enfant.  Ainsi lorsque l'adulte travaille, cuisine ou est occupé, il renvoie l'enfant à son monde d'enfant, et ne lui permet pas de participer au monde des adultes. Quand un enfant aime faire la cuisine avec sa maman (ou son père), on lui offrira un jouet en forme de cuisinière miniature pour qu'il fasse joujou, plutôt que lui permettre de toucher, utiliser la vraie et grande cuisinière, celle des adultes.

 

Lorsque l'adulte lit ou joue à un jeu compliqué, on dit à l'enfant intéressé qu'il est trop petit pour ça.  Toute son enfance, l'enfant entend cette phrase rabaissante : NON, c'est pour les GRANDS.  

 

Lorsqu'il grandit un peu, l'enfant réalise que même s'il est toujours un petit aux yeux des adultes, il est déjà plus grand que son petit copain, son petit frère, son petit voisin. Alors il se sent fier, orgueilleux, méprisant avec eux, car lui,  il peut faire des choses interdites aux plus petits. Ainsi, ce monde de l'enfance, ce monde à part déjà tellement étroit, on invite l'enfant à le ségrégationer encore, avec notre appui bienveillant. Combien de fois ne l'encourageons-nous pas à monter de niveau, et exprimons notre déception s'il ne le fait pas ? A faire mieux que ses camarades ? A essayer un exercice plus difficile ? Combien de fois ne renvoyons-nous pas les plus petits jouer entre-eux au bac à sable plutôt que d'ennuyer les plus grands ?   

 

Ainsi, l'enfant grandit dans un monde qui lui est propre, avec le sentiment contradictoire d'être à la fois dépendant de ce monde, fier prince couvert des privilèges du royaume de enfants, et à la fois honteux d'y être, car perpétuellement frappé d'interdiction de participer au monde des adultes, perpétuellement comparé, pesé et trouvé petit  …   C'est pourquoi l'enfant est pressé de grandir et de quitter ce monde de l'enfance, afin d'être considéré à la même enseigne que le sont les grands. Mais il n'a pas compris que sortir de ce monde, c'est aussi en quitter tous ses avantages. Tous les avantages de l'enfance, ceux là même qu'on lui a toujours donné comme acquis, sans condition autre que celle d'être un enfant, il aimerait fort bien les garder.

 

Et c'est ainsi que le grand enfant sort malgré-lui de l'enfance. En étant devenu un personnage perdu, complètement désorganisé, qui ignore où est son monde, où est sa place. Un personnage en devenir qui ne sait pas ce qu'il veut ni doit devenir.  

 

Nous le décrétons capables d'être un adulte, et après l'avoir mis à l'écart pendant près de 12 ans sinon plus, nous voudrions qu'il s'exécute et agisse comme un adulte !  Nous voudrions qu'il soit autonome, qu'il prenne des décisions justes et réfléchies, qu'il travaille spontanément, qu'il donne un coup de main pour les tâches ménagères … Toutes ces choses qu'on lui a interdite quand il était enfant alors qu'ils les auraient faîtes avec joie et entrain, voilà que les exigeons à présent de lui, alors qu'il les trouve ennuyeuses, et qu'il n'en comprend pas l'utilité. Lui qui n'a jamais été qu'un enfant qui ne faisait que des choses d'enfant. 

 

Devant l'incompréhension et la rébellion, parfois violente, de cet être inachevé qui ne sait ce qu'il doit devenir, nous nous sommes retrouvés désemparés.  La transition du monde de l'enfance à celui des adultes est un échec cuisant. Nous aurions dû en faire le constat et reconsidérer notre façon de voir l'enfance. Mais nous avons préféré nous voiler la face, et nous consoler en créant l'adolescence.  

 

Un nouveau monde hydride, dans lequel nous demandons à l'enfant de devenir un adulte, tout en continuant à supporter ses frasques d'enfants, ses colères et ses rébellions, en espérant que viennent des jours meilleurs. Une zone généralement de non-droit parentale, où l'enfant qui se cherche se libère de toute la frustration que nous avons accumulée sur ses épaules.  Car oui, c'est bien de notre faute qu'il s'agit.  Mais puisque les philosophes et les psychologues ont décrété qu'il était tout à fait normal qu'un enfant, pardon, un adolescent agisse de la sorte à cet âge ... nous nous sommes rassurés, et nous avons continué dans cette voie. 

 

Ces enfants, devenus aujourd'hui des hommes non-accomplis perpétuent à leur tour nos erreurs, souvent en les amplifiant.  De nos jours, on constate que les jeunes hommes et femmes quittent le foyer parental de plus en plus tard, qu'ils manquent d'autonomie, d'indépendance. Ils préfèrent profiter des privilèges du monde adulte : travail, argent, fréquentations amoureuses ; tout en restant dans le cocon rassurant et protecteur de papa-maman. Pas de responsabilité, pas de contraintes, pas de problèmes majeurs, pas de charges financière. Ce phénomène d'adolescence prolongée devient tellement symptômatique de la société actuelle que des psys ont trouvé un nouveau mot pour le désigner : l'adulescence …  Ou l'adulte-adolescent.  

 

A ce rytme-là, on peut se demander combien de temps notre société mettra pour rayer l'adulte de ses rangs, devenant peuplée exclusivement d'êtres inachevés, d'adultes non-accomplis, de personnages hybrides, immatures, perdus, dans un monde sans règles, sans conscience et sans âme.

 

Oui, notre pire erreur est d'avoir oublié que nos enfants sont des adultes en devenir. 

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cédille 17/03/2012 23:02

Excellent article, et le n°2 aussi...

Juste un détail qui me choque beaucoup par rapport à tout le reste: pourquoi, puisque tu raisonnes si bien sur la cause des enfants, dire que les enfants sont des adultes (ou des hommes) en devenir
(deux fois en plus!)?

Les enfants sont des êtres humains et des individus à part entière, point. J'en ai fréquenté beaucoup, de la naissance à la vieillesse, et je peux te dire, ils ne sont pas du tout en devenir. Ils
sont. Même dans les premières minutes de leur vie, tu les regardes, ils te regardent, et ça ne fait aucun doute que tu es devant quelqu'un, pas devant quoi que ce soit "en devenir"

Alors, oui, tu l'auras compris, ce "en devenir" me choque terriblement et pourrait même un peu, comment dire, désavouer le reste. Qu'en penses-tu, auteur de cet article?

Cordialement
Cédille

P.S. si tu ne les as pas encore lus, je te recommande vivement "Les enfants d'abord" de Christiane Rochefort, et Continuum concept" de Jean Liedloff.

le-mouton-noir 15/01/2015 16:36

Bonjour et désolée de ne répondre que maintenant ... ce blog est quelque peu laissé en friche -honte à moi- !

Je comprends que le terme homme en devenir puisse poser question, mais je ne le comprends pas dans le même sens que toi, c-a-d dans le sens qu'"ils ne sont rien" puisqu'ils sont "en devenir". J’utilise cette expression dans le sens où je trouve que justement nous mettons trop de barrière entre le monde des adultes, et celui des enfants, que nous les considérons comme des choses à part alors qu'ils ne sont que comme nous, des hommes (ou femmes) mais en devenir, des futurs-nous en quelque sorte. Qu'il ne faut pas les voir comme des choses étranges et différentes mais des êtres similaires à nous, à la différence près qu'ils font seulement se construire (d'où le: "en devenir"); qu'ils se construisent chaque jour et que la façon dont on se comporte avec eux va les aider à cette construction, ou bien, au contraire, les enfermer dans un monde "de l'enfance" où ils seront choyés et d'où la sortie sera hyper violente.